But now he is no more
For what he thought was H20
Turned out to be H2SO4” —
Nous étions assis sur le plancher de ma chambre ; je jouais au Scrabble avec mon petit frère Thomas. Comme d’habitude il trichait mais il jouissait du jeu donc je lui ai permis de continuer. Tout à coup, nous avons entendu un bruit fort, comme si quelque chose de vraiment lourd était tombé sur le sol. Après, il y a eu un cri perçant; il nous a semblé que quelqu’un hurlait de douleur. Nous avons repris le jeu. C’était maman.
Papa la battait de nouveau.
Et oui, nous avons repris le jeu, mais si vous étiez là, vous auriez vu que Thomas pleurait. Nous avons repris le jeu parce que c’était normal, mais Thomas, ne jouissait plus du jeu parce qu’en réalité, nous savions que cela n’était pas normal.
Lundi dernier, nous regardions un film avec maman au salon lorsque papa est entré dans le salon. Tout le monde a sauté au plafond. Maman s’est dépêchée pour l’accueillir. Papa était rentré du bureau et il a vu que nous regardions la télé. Néanmoins nous avons mangé le dîner en silence comme toujours ; j’ai mâché maladroitement et Thomas n’a pas pu avaler le céleri et le brocoli. Il n’a pas pu avaler non pas à cause du fait que papa nous a découvert, mais parce qu’il les déteste. Mais Maman a déjà expliqué : « Il est important de manger tout ce que papa décide que je dois préparer, mon fils». Donc il n’y avait plus rien à dire. Après le dîner, papa nous a parlé. Il a parlé de nos cours à l’école, il a parlé de nos vacances, il a parlé de nos nourritures et puis, il nous a permis d’aller nous coucher.
Un peu plus tard, Maman est venue dans notre chambre. Elle a lu un conte d’une princesse qui était emprisonnée dans un château par un ogre horrible. La princesse était secourue par un Prince et peu après, ils se sont mariés. J’ai dit à maman: « si j’étais la princesse, je n’irais pas avec le prince ». Mais maman n’a pas compris, elle m’a dit « Papa sait le mieux pour nous». Elle est partie et nous avons dormi.
Mais à minuit, j’ai entendu un bruit familier; maman pleurait et criait bruyamment et quelqu’un… papa…papa faisait ce qu’il fait toujours. Le lendemain, nous recevrions nos peines aussi, nous nous n’avions pas échappé.
* * *
Le jeudi j’étais dans la classe de littérature et mon professeur parlait d’Oliver Twist ; il était un pauvre garçon pauvre. Soudainement, quelqu’un est entré dans la salle de classe ; il a parlé frénétiquement avec mon professeur. Mon professeur m’a regardée. Il m’a appelée et Il m’a dit que je devais partir avec cet homme-là. Papa avait été hospitalisé ; il était très malade. Je me suis devenue confuse et bouleversée. Papa ne pouvait pas être malade; c’était papa qui faisait tout. Les choses n’ont pas lui arriver.
Mais vraiment quand nous sommes arrivés à l’hôpital, c’était papa qui était couché sur le lit et maman qui était assise dans le fauteuil, a regarder. J’ai cligné des yeux mais rien n’a changé. J’ai battu des paupières encore mais cette fois pour arrêter de pleurer. Il y a eu une inversion de la réalité ; c’était maman que nous visitions à l’hôpital après l’école.
Papa était malade, et ce jour- là, papa est mort. Quelqu’un l’a empoissonné. Personne ne savait qui, quand ou pourquoi. D’ailleurs « Papa était un grand homme qui a donné d’argent aux pauvres et qui a aidé tout le monde dans la communauté. Il était un père de famille; il n’a jamais trompé sa femme avec les plusieurs jeunes filles qui veulent un homme riche. »
En ce moment, et pour le reste de nos jours, Papa est mort.
Maman prend du poids et elle rit plus fréquemment ces derniers temps. Elle parle avec un peu plus de gaieté aussi. Nous n’allons plus à l’hôpital ; il n’y a personne à voir. Je joue avec Thomas et Thomas triche. Néanmoins, il s’amuse, et bien sûr, ça m’amuse aussi. Lorsque nous entendons des sons, ils sont souvent les sons de la télé ou des portes. Au dîner, Thomas mange les haricots parce qu’il les aime et s’il ne veut pas les manger, maman lui demande « Mon fils, pourquoi? Tu n’aime plus les haricots ? »
Hier maman m’a raconté la même histoire de la jeune princesse qui était emprisonnée dans le château. Je lui ai dit encore « Si j’étais la princesse, je resterais au château ».
Elle m’a dit « Tu ne dois pas rester dans le château. Il y a plusieurs façons pour t’échapper au château ».
Je n’ai pas compris.
Voici les souvenirs de mon enfance, de ma ville et ma vie extraordinaire.
Je me souviens que c’était différent, mais le même. C’était le début de la fin mais aussi le début d’une nouvelle ville.
C’était la finale de la Coupe du Monde et les rues de Saint-Denis étaient pleines d’étrangers, pleines de vivacité, pleines d’argent, tout simplement pleines. C’était le genre de plénitude qu’on aime- la ville semblait convoitée. J’étais d’accord - il n’est pas dommage qu’on ait ce genre de plénitude…mais peut-on comprendre les autres types aussi ?
C’est peut-être parce que quand on parle de cette banlieue, surtout ces dernières années, « il n’y a rien positif » juste « l’agressivité, la police, les jeunes, les problèmes de jeunes et la police…» les souvenirs sont entachés. On parle de nos banlieues toujours… « toujours dans des termes extraordinairement inquiétants». Mais à cette époque-là j’étais un enfant, bouleversé par la grandeur du stade que je regardais à la télé de la grande dame. Le Stade de France, le plus grand en France, dans ma ville Saint Denis. J’étais fier.
J’avais eu des raisons d’être fier et à cette époque, la ville était différente. Le stade, l’ancienne basilique et leurs environs n’étaient pas les seuls endroits qui manquent « le désespoir » des banlieues. C’est aujourd’hui qu’on dit que le Stade et la Basilique signifient une époque passée pour la Saint Denis. Ils n’ont pas su que cette ville ne décline jamais.
Pourtant, j’ai commencé à comprendre. Les usines ont commencé à fermer, les bureaux sont devenus plus et plus vides. La Saint Denis que j’avais connue changeait devant mes yeux. Dans les actualités, j’écoutais que « l’immigration transforme rapidement la composition ethnique des banlieues ». Et dans les mêmes phrases on parlait aussi du taux de chômage et de la violence croissante dans les banlieues. Moi, j’étais heureux que ma ville devenait plus diverse, et que je voyais plus de gens comme moi, mais apparemment c’était à cause de nous que tout changeait.
J’avais cinq ans quand nous sommes arrivés ici, en France, la France ! J’avais six ans quand j’ai entendu les mots – « bicot », « raton », « bougnole » et dorénavant, j’ai appris que je n’étais pas français - Beur…au moins francophone. Ce jour là, quand je me reposais dans mon petit lit, c’était une natte et des couvertures dans le couloir de notre appartement, j’ai pensé aux ‘charlots’ qui changent leur apparence pour trouver une place dans les cœurs de nos frères français jobards et j’ai compris.
Je me souviens du jour que mémère a perdu son travail. C’était vrai que beaucoup d’usines et de magasins fermaient mais je n’avais pas pensé que cela deviendrait notre réalité. Ben oui, je n’y ai pas pensé mais aujourd’hui, il n’y a rien qui peut me prendre au dépourvu. J’avais six ans quand j’ai compris que c’est différent quand on ne trouve pas du pain parce que les magasins sont fermées et quand on ne trouve pas du pain parce qu’on ne peut pas l’acheter.
C’est ironique mais malgré le fait que les espaces disponibles devenaient plus et plus petites, l’esprit de la Saint Denis grandissait. Même si j’ai pu écouter mes voisins qui se disputaient encore à travers les murs de ma chambre-couloir, j’avais 93200 raisons d’être fier de la Saint Denis. Ce jour-là les voisins se disputaient parce que leur frère a été tué par la police…
La police - j’avais 8 ans quand j’ai compris ce que cela veut dire. Huit ans quand mon ami a été battu par un policier. Il a volé l’épicier et dans le commissariat on a cassé sa jambe. « C’était la plus chère boîte de conserve que j’avais eu» Il m’a dit. J’avais peur. Mais Hussein a repris le vol et moi, j’ai commencé. C’était simple. Il y avait une règle - ne soyez pas pris.
J’avais 11 ans quand j’ai enfreint la règle. Je me souviens de la force de l’impact sur mon dos, mon visage et ma poitrine. Il déchiquetait mon corps et je me souviens du gout du sang dans ma bouche. J’étais incapable de distinguer entre la sensation de bruleur à cause du mélange sang-sueur dans les yeux, et la douleur qui torturait mon corps. Je me souviens quand la grande dame a pris le petit enfant dans ses bras au commissariat. Plus tard, la grande dame a donné sa propre canne à l’enfant en disant « Vous avez de la chance que vous êtes un grand fils ou cela aurait été trop grand ». Je me souviens de l’inquiétude sur son visage. Mais je me souviens encore plus de l’horreur dans les yeux de mémère quand elle a vu le petit enfant, et elle a compris que ses jambes ne seraient jamais les mêmes.
Je pense à ma ville Saint-Denis, comme elle était et comme elle est. Les jeunes qui n’ont rien à faire les soirs, qui n’ont rien à faire à l’école pendant la journée. Nos petites écoles avec tous les enfants du monde. Les écoles de la Saint-Denis avec leur grande représentation et leurs petites places sans possibilité d’amélioration. Je me souviens des semaines et des mois qu’on n’y avait pas de cours, parce qu’il y avait juste une petite école brulée. La petite école sans profs, sans cahiers, et maintenant sans place.
Mais je me souviens aussi que nous avons su qu’il y avait plusieurs choses à étudier. On n’a rien fait mais on n’a pas eu de temps parce que la vie en banlieue n’est pas si noire et blanche comme la vie à Paris où on va à l’école et après on va au bureau. La vie était courte. Il y avait des choses à considérer. J’ai étudié - hors des écoles « brulée-fermées » ou « ouverte-vides ». J’ai étudié dans nos « cafés culturels » et nos petites chambres mélangées. J’ai appris la danse et la musique comme les autres langues qui se mélangent dans ma tête.
Voilà l’avenir de la France. La jeunesse de la France peine ici et pas à Paris ! Bien que nous ne fussions pas dans les grandes écoles, bien que nous ne réussissions pas dans le Bac, nous gardons l’avenir dans l’ampleur de nos poches déchirées.
Les rues sévères de Saint Denis sont pleines de caractère. On parle du désespoir dans nos vies mais je vois la force dans nos yeux. Nous avons appris comment voir nos rues avec des yeux différents, à prendre le métro avec des objectifs différents et à voir ces gos avec des cœurs différents. Même si c’était à cause de nous que tout a changé, c’est grâce à nous que tout a changé. Grâce à nous dans le même marché on peut explorer l’étranger qui est entremêlé avec le dynamisme de ma communauté - de nos nourritures, nos musiques, nos arts - inégalés.
Cet homme a beaucoup de souvenirs : les souvenirs de différents gouts sur la langue, des différentes scènes devant les yeux et des différents bruits dans les oreilles.